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Tombeau des oiseaux

pour orgue

2021

Cette pièce s’inscrit dans la lignée de mes dernières pièces autour de l’extinction récente de certaines espèces d’oiseaux en France, à travers l’évocation de leurs chants désormais disparus.

Les oiseaux, en musique, doivent être reconsidérés : non plus comme pourvoyeurs de beaux chants, mais des êtres avec lesquels nous interagissons. C’est en cela que leur disparition nous concerne. Mais ils requièrent plus qu'étude et ravissement : soin et souci de la part des humains, mais pour leur propre fin — non pour notre salut moral. C’est un des aspects d’une « conversion écologique ». 

Le chant du traquet rieur est évoqué dans cette pièce sous la forme d’une reconstitution en mosaïque avec des sons disponibles à l’orgue. Il émerge peu à peu d’une trame polyphonique colorée, figuration d’une résonance métallique inerte et complexe, à la fois tombeau et chambre d’écho. Le chant se déploie presque avec violence avant de s’épuiser aux limites extrêmes aiguës de l’orgue.

Comme chaque génération a un rapport et une conscience à la destruction de la nature différentes, chaque génération d’auditeurs appréhendera la pièce différemment. Les plus jeunes sont ceux qui pourront probablement témoigner d’autres extinctions d’espèces : en symbole de réparation et pardon anticipés, c’est ceux-là même qui peuvent entendre le chant jusqu’à sa transfiguration extrême.
Mais pour les autres auditeurs, d'un âge plus avancé (et je commence moi-même à en être), les jeux suraigus du grand orgue de Saint-Sulpice (pour lequel la pièce a été écrite à l’origine) — pas forcément conçus, il est vrai, pour être entendus à nu, dépassent peut-être déjà les capacités de leur ouïe.